Contentions et Taping : décryptage

Découvrez au travers de cet article, la place et le rôle du taping.

A propos

Dans la grande famille des « bandages thérapeutiques », existe, depuis de nombreuses années, une autre forme de technique et de matériau qui peut être amalgamée à tort aux contentions « classiques ». Le Taping, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se voit, tantôt galvaudé sans que l’on sache bien pourquoi, tantôt porté aux nues. Il n’occupe pourtant qu’une petite place, dans l’univers des bandages et donc dans l’ensemble de l’arsenal thérapeutique du MKDE. Des études comme celle de Bicici et col. s’intéressent même à la comparaison des deux techniques.

C’est autour de ces notions de compréhension des différentes techniques qu’est née la volonté commune d’Elastoplast et de Doki (fabricant de bandes de Taping) de proposer ces évènements de formation autour de la contention (ou strapping) et du Taping afin de cerner les tenants et aboutissants de chacun et ainsi d’utiliser pour le mieux les deux techniques. Le Strap and Tape Tour était né. Avec le concours de Kinesport pour assurer la partie pédagogique et didactique.

Découvrons donc quelle est la place et quel est le rôle de ce type de bandage et surtout pourquoi il ne saurait en aucun cas (à quelques exceptions près) être un concurrent voire un remplaçant des contentions. Il deviendra, au contraire, un allié précieux des techniques classiques.


De l'idée d'une réunion Tupperware®

Lors des formations consacrées au Taping, c’est le sentiment qui pourrait apparaitre en première intention. Celui de la jolie bande de couleur qui va résoudre tous vos problèmes de soins et/ou de contentions. Présentation du produit magique, dénombrement des multiples possibilités toutes plus formidables les unes que les autres et… vente de l’objet.

Remarquez, c’est le sentiment qui pourrait prévaloir à un stage consacré aux contentions, aux techniques neuro-inhibitrices ou autres formations consacrées à un outil thérapeutique bien précis. Et c’est là que nous souhaitons d’emblée poser les fondements de la place du Taping dans ce monde du bandage. Il n’est pas magique, ne se substitue en aucun cas aux contentions ou aux soins « classiques » mais en revanche utilisé à bon escient et avec discernement, il saura être un allié de premier ordre pour le thérapeute.


Contentions ? Taping ?

Avant de décrire plus avant les différentes techniques et surtout celle moins connues du Taping, précisions que la terminologie de Taping (voire tape parfois en France) ne doit pas être confondue avec celle anglo-saxone de tape qui signifie une contention plus ou moins rigide. L’utilisation des bandes de couleur pourra se prévaloir du terme de Taping et de ses dérivés Neuro-Taping, Kinésio-Taping, Physio-Taping…


Contentions ou taping ?

Là aussi, la réponse est relativement simple. Ce n’est pas l’un ou l’autre. En tout cas pas au sens de privilégier une technique de manière exclusive au détriment de l’autre. Cela sera effectivement le choix de la contention ou du Taping mais parce que le moment ou la finalité du montage l’imposeront.

Précisons d’emblée que le choix de la contention sera celui le plus fréquent et de toute manière celui fait en urgence ou en première intention. Et rappelons que dans les différents types de contentions, qu’elles soient curatives ou préventives, on peut trouver les domaines d’application suivants : Compression (par bande cohésive), immobilisation (par Rigid Strap et éventuellement bande élastique pour le bâti), limitation d’amplitude (bande élastique et éventuellement Rigid strap pour renforcer la limitation) et enfin suppléance où ce sont les qualités élastiques de la bande que nous utiliserons.

Ainsi dans le cadre du fameux protocole POLICE (qui a remplacé depuis bien longtemps les anagrammes RICE puis PRICE ou GREC en français), il est évident que c’est la contention qui sera l’arme de choix.

Reprécisons :

P pour Protection : il est évident qu’un montage au Taping ne pourrait être utilisé pour immobiliser une articulation et en assurer ainsi une bonne cicatrisation (bien guidée par l’ensemble des techniques à notre disposition mais dont ce n’est pas le propos ici). Quand bien même, certains organismes osent parler d’un montage en Taping pour stabiliser une articulation, surtout en première intention.

OL pour Optimal loading : la charge optimale que peut subir la zone lésée. Cela renvoie à une éventuelle mise en charge de l’appui au sol mais aussi à la notion d’utilisation pondérée de la structure.

Pour illustrer cela, prenons le cas de l’articulation Sub-talaire pour laquelle ce protocole prend tout son sens. En effet, le ligament en haie qui occupe le sinus du tarse n’est pas le « ligament croisé » de la cheville. Son rôle principal n’est pas d’assurer la congruence de l’articulation, au contraire de l’appareil sub-talaire latéral par le ligament talo-calcanéen latéral, entre autres.

Mais il a en revanche une dimension réflexogène majeure qui lui dévolue le rôle d’élément de la stabilité afin de renseigner l’articulation sur les adaptations permanentes qu’elle doit subir en tant qu’élément fondamental du mouvement d’inversion/éversion. Et bien cette sub-talaire, si elle est trop longtemps immobilisée alors que la lésion est bénigne, on risquera d’enraidir l’articulation pour rien et de perdre ainsi les qualités adaptatives du pied.

A l’opposé, si on n’immobilise pas la zone afin d’en permettre la cicatrisation dans le cadre d’une atteinte sévère, le ligament en haie deviendra atone et ne remplira plus sa fonction d’élément phare de la stabilisation et on se retrouvera alors avec un pied totalement instable (rappelons que instabilité et laxité sont deux notions distinctes). Dans le second cas, le Taping ne pourra être un élément d’immobilisation et dans le premier cas, même pour une limitation partielle, il ne pourrait répondre à cette fonction.

I pour Ice : le glaçage sera une arme d’urgence très efficace dans un très large spectre de situations.

C pour Compression : si l’objectif – et c’est bien souvent le cas en traumatologie d’urgence – est de limiter l’expansion liquidienne, cela ne pourra être fait que par une contention compressive faite à base de bande cohésive dans la plupart des cas. Là encore, il est absolument scandaleux de voir poser du Taping en première intention sur une entorse même bénigne.

E pour Elévation : afin de ne pas aggraver la stase liquidienne.

On le constate en urgence et dans nombre de situations, la contention est l’arme de choix. Mais dès lors, quelle place pour le Taping ? Est-elle limitée ? Voire inopportune ? Bien évidemment que non ! Le Taping est un outil fantastique à condition de bien l’utiliser à la fois dans le respect de la technique et dans l’à-propos de la situation.


Le taping pour les nuls

Comme la célèbre collection de livres le propose pour faire les premiers pas dans un domaine dans lequel on est béotien, nous vous proposons ici une présentation de la technique.

Cette dernière a été mise au point par le chiropraticien japonais Kenso Kase dans les années 1970 et s’appuie sur des bandes thérapeutiques aux mécanismes d’actions différents. Disposant de propriétés mécaniques très proches de celles de la peau, elles jouent par l’intermédiaire du tissu cutané sur les notions d’auto-régulation tissulaire. Méconnu à l’origine en France, le Taping est assez rapidement diffusé au Japon, en Corée, puis aux Etats-Unis avant d’apparaitre en Europe. Il faudra attendre la popularisation de ces bandes de couleur par les sportifs de haut-niveau pour voir le Taping s’intégrer timidement mais progressivement aux usages thérapeutiques français.

Par les différentes tensions de la bande apposées à la peau, le Taping aura différentes actions. Il permettra la décompression des tissus et l’accélération des échanges liquidiens, l’antalgie, l’optimisation du mouvement et la génération de stimulations musculaires et proprio-neuroceptives.

 

  • Décompressions des tissus et accélération des échanges liquidiens

La bande de Taping génère par traction et soulèvement (le convolution effect ou effet « vaguelettes »), une libération des interstices sous-cutanés. Ces micro-dépressions associées au mouvement vont favoriser la régularisation des échanges liquidiens et la résorption des exsudats. La superposition des bandes entraine également des gradients de pression variables, propres à la majoration des flux des liquides.

 

  • Antalgie

La bande réalise une action antalgique par « shunt » des exacerbations nerveuses grâce à la décompression tissulaire ou encore par stimulation permanente des mécano-récepteurs de la sensibilité superficielle (effet analgésique « gate control »).

 

  • Génération de stimulations musculaires et proprio-neuroceptives

Les derniers travaux scientifiques ont montré que lorsqu’on considère un muscle et la zone de peau en regard, les directions sensorielles préférées de l’ensemble des capteurs proprioceptifs et cutanés sont quasi-superposables. Ainsi, quand la peau est étirée, l’information est également transmise au muscle via les mécano récepteurs. La bande de Taping pourra donc en fonction du sens de pose centripète ou centrifuge, faciliter l’activité musculaire (plus particulièrement sur l’activité frénatrice et sur une structure musculaire lésée uniquement) ou permettre le relâchement musculaire.

D’autres modalités d’action sont utilisables en Taping telles que celle, hautement efficace, de la fasciathérapie par l’intermédiaire des récepteurs fasciaux comme les terminaisons de Ruffini et les récepteurs musculaires interstitiels qui ont une action sur le système neuro végétatif et notamment une diminution de l’activité sympathique et par voie de conséquence la levée des sympathicotonies responsables du mauvais état fascial et tissulaire. Ou encore telles que la sollicitation du système neuro-endocrinien par l’intermédiaire des cellules de Merkel (cellule de l’épiderme en interface avec le système neuro-endocrinien) qui agissent sur la production de neuro-médiateurs intervenant de manière non exclusive dans la modulation de la douleur.

De manière conjointe aux contentions, le Taping pourra également être, dans une moindre mesure, correcteur d’une mauvaise position, antalgique et complémentaire aux autres soins prodigués en masso-kinésithérapie.


En synthèse

A partir de ces données physiologiques présentées ci-dessus, et compte-tenu des indications pour lesquelles la contention est opportune, nous pouvons mettre en avant un tableau récapitulatif des grandes fonctions de chaque technique, qui se trouvent occuper des places situées à des pôles distincts.

Contentions :

  • Immobilisation
  • Suppléance
  • Limitation angulaire
  • Compression
  • Antalgie

Taping :
 

  • Optimisation du mouvement
  • Stimulation musculaire et neuroproprioceptive
  • Accélération des échanges
  • Décompression
  • Antalgie

On comprend bien que si l’on fait un montage drainant sur une articulation, en Taping (donc faisant appel à la décompression tissulaire et au fameux convolition effect de K. Kase, c’est-à-dire la création de « vaguelettes » génératrices de l’amélioration des échanges capillaires), il sera absurde de procéder à la pose d’une contention curative à visée d’immobilisation. En effet, la compression inéluctable et l’absence de mouvement font que le Taping ne pourra être en aucun cas efficace.

 

Contentions, Taping : aspect temporel

On l’aura compris, le choix de l’une ou l’autre des techniques se fera donc plutôt en fonction du facteur temps.
Ainsi à différents moments de l’évolution d’une pathologie, on pourra privilégier d’utiliser la contention ou le Taping. Prenons en exemple le cas d’une entorse de cheville.

Phase 1 : Stade post-lésionnel immédiat
> Compression classique dans le cadre du protocole POLICE

Phase 2 : Stade J3 à J7 (+/- 2)
> Taping de drainage sur la cheville
> Montage antalgique points douloureux

Phase 3 : Stade de reprogrammation
> Taping en facilitation des fibulaires sensori-motrices

Phase 4 : Stade de reprise de compétition
> Verrouillage par strapping classique

 

Contentions, Taping, Domaines d'excellence et limites

Il est maintenant bien maitrisé que la technique en décompression tissulaire par le Taping sera d’une redoutable efficacité pour favoriser l’élimination d’une stase liquidienne à partir du moment où la compression par contention cohésive n’est plus utile. Et à partir du moment que la zone incriminée puisse répondre aux exigences de la réussite du soin.

Ainsi, sur une belle ecchymose bien diffusée à la cuisse après une chute par exemple, la technique d’optimisation des flux vasculaires (territoire capillaire) par Taping sera véritablement stupéfiante.

A l’inverse, il parait inconcevable de procéder à un montage en drainage en Taping sur un lymphœdème de membre supérieur sur un terrain de curage ganglionnaire bilatéral... On sait que la contention par la technique du bandage coton reste la plus efficace et cela avec humilité quant aux résultats attendus.

 

Contentions, Taping, un rapprochement

Si nous avons marqué depuis le début de cet article les relations presque opposées des contentions et du Taping, il est un point où elles se rejoignent.

Sur celui des techniques de corrections articulaires et/ou positionnelles qui pourront être pratiquées avec l’une ou l’autre des techniques puisque là il n’est pas fait appel aux modalités physiologiques créées par le Taping mais simplement au repositionnement par bandage d’une articulation ou d’un segment voire la correction d’une malposition. Toutefois, à nouveau, la préférence ira à l’une ou l’autre en fonction de chaque cas.

Ainsi, dans le cadre d’un Jumper Knee, la contention en abaissement de la patella sera quasi indispensable pour être efficace car elle nécessitera d’être rigidifiée ce qui ne peut être effectué par Taping qui s’il est malgré tout utilisé, ne pourra espérer les mêmes résultats.

En revanche, dans le cadre d’un « maltracking » de l’articulation fémoro-patellaire ou pour lutter contre la tendance à la subluxation externe de patella, on pourra privilégier le Taping qui maintiendra suffisamment le contrainte vers le médial et offrira le fait d’être plus esthétique ou « fashion » et sera ainsi mieux toléré par la jeune fille adolescente souvent victime de ce type de problème. Et pour finir, on pourra privilégier la correction de l’effondrement de l’arche médiale longitudinale par le Taping qui sera tout aussi efficace mais moins inconfortable que la contention classique.

En conclusion, vouloir opposer les deux familles de bandage relève d’un raisonnement erroné, de même que de chercher à mettre en avant de manière constante l’une ou l’autre. Il conviendra de maitriser l’ensemble de techniques afin de choisir de manière adéquate qui de la contention ou du Taping sera celle permettant de répondre au mieux aux attentes du thérapeute à l’instant précis. Comme de coutume, la compréhension, la logique et une application raisonnée de chaque technique permettront d’œuvrer dans les meilleures dispositions.

Erwan Tanguy, MKDE, Paris Volley, FFVB, Kinesport


Références

  • Bruchard A., Mouraille O., Applications Raisonnées du Taping par la Physiotaping Therapy, Tome 1, editions Ksport ; 2ème édition ; février 2013

  • Bruchard A., Logique des Tests Cliniques et Contentions Souples, Tome 1, éditions Ksport, octobre 2012

  • Servant G., Tanguy E., support de cours des formations Kinesport pour le genou et l’épaule

  • Lee JH, Yoo WG. Treatment of chronic Achilles tendon pain by Kinesio taping in an amateur badminton player. Physical Therapy in Sport;2011. doi:10.1016/j.ptsp.2011.07.002.

  • Firth BL, Dingley P, Davies ER, Lewis JS, Alexander CM. The effect of Kinesiotape on function, pain, and motoneuronal excitability in healthy people and people with Achilles Tendinopathy. Clin J Sport Med. 2010;20:416–21.

  • Bicici S, Karatas N, Baltaci G. Effect of athletic taping and kinesiotaping on measurements of functional performance in basketball players with chronic inversion ankle sprains. Int J Sports Phys Ther. 2012 Apr;7(2):154-66.

  • Javier A. Osorioemail et al , The effects of two therapeutic patellofemoral taping techniques on strength, endurance, and pain responses ; http://www.physicaltherapyinsport.com published online 03 April 2013.

  • Todd J. Wheeler et al Fibular taping does not influence ankle dorsiflexion range of motion or balance measures in individuals with chronic ankle instability ; Journal Science And Medecine in Sport published online 27 March 2013

  • Krajczy et al.; The influence of kinesiotaping on the effects of physiotherapy in patients after Laparoscopic Cholecystectomy; The Scientist World Journal ; aout 2012