La technique PRP pour lutter contre les tendinopathies chroniques

Notre expert Aurélien Gauthier vous explique en quoi elle consiste.

A PROPOS

Les tendinopathies chroniques sont un mal bien connu du sportif. Pour essayer de lutter contre cette pathologie de manière encore plus efficace,  une nouvelle thérapie se développe. Il s’agit de la technique PRP (plasma enrichi en plaquettes). Initialement utilisé en chirurgie maxillo-faciale, les études et expérimentations menées chez l’animal laissent espérer des résultats prometteurs dans la prise en charge des pathologies tendino-musculaires.

Les premières expérimentations menées chez l’homme obtiennent des résultats contrastés, tant dans la prise en charge des pathologies traumatiques et micro traumatiques des tendons que dans les pathologies traumatiques musculaires. Les résultats de deux essais contrôlés publiés récemment illustrent ce fait.

Le premier a étudié l’efficacité de l’adjonction de PRP dans la réparation arthroscopique d’une rupture de coiffe des rotateurs.

Le second a étudié l’efficacité de l’infiltration de PRP dans la prise en charge des épicondylites latérales.


1. Adjonction de PRP dans la réparation arthroscopique de la coiffe des rotateurs

Cette étude à la méthodologie rigoureuse a été menée sur 88 patients (âge moyen : 55 ans) ayant bénéficié d’une réparation sous arthroscopie d’une rupture isolée du tendon du supra-épineux. Les patients ont bénéficié soit d’une réparation seule, soit de l’adjonction d’une matrice enrichie en plaquettes et facteurs de croissance sur le site de la suture.

L’efficacité du traitement a été jugée sur l’amélioration du score de Constant (score fonctionnel  évaluant douleur, amplitude articulaire, force et gêne dans les AVQ) à 20 mois de l’intervention en moyenne, après avoir bénéficié d’un protocole de rééducation standardisé.

Les résultats ont permis de noter une amélioration du score de Constant dans les 2 groupes, sans différence significative entre les 2 groupes (de 42 à 88.4-score sur 100).

L’adjonction de PRP dans les réparations chirurgicales de rupture peu importantes de coiffe des rotateurs ne semble donc pas donner de meilleurs résultats à moyen terme que la réparation chirurgicale seule.


2. Infiltration de PRP dans l’épicondylite latérale

Cette étude a porté sur 100 patients souffrant d’épicondylite latérale depuis au moins 6 mois. Les patients ont bénéficié d’une infiltration du tendon de l’extenseur des doigts soit par PRP, soit par dérivé cortisoné. L’efficacité a été évaluée sur l’amélioration d’un score fonctionnel, le score DASH (disabilities of the arm, shoulder and hand, score sur 100 ou 0 représente l’absence de retentissement et 100 le retentissement maximum), et du score de douleur (échelle visuelle analogique).

Les résultats ont permis de noter une amélioration à 2 ans significativement plus importante dans le groupe PRP que dans le groupe corticostéroïde, tant du score DASH que des EVA de douleur : DASH moyen initial : 43.3 (corticostéroïdes) vs 54.3 (PRP), DASH moyen à 2 ans : 36.5 vs 17.6.

Cette étude tendrait à montrer une efficacité de l’injection de PRP dans le traitement de l’épicondylite latérale chronique. Cependant, de nombreuses limites méthodologiques viennent atténuer la fiabilité de ces résultats :

  • utilisation du score DASH sans les items évaluant le retentissement de la pathologie sur la pratique sportive, et ceux évaluant le retentissement sur la pratique professionnelle
  • groupes initiaux non identiques par leurs scores DASH (traduisant certes une atteinte plus sévère dans le groupe PRP mais ne permettant donc pas une comparaison stricte entre les 2 groupes)
  • utilisation de corticostéroïdes dans le groupe contrôle alors que les études récentes tendent à démontrer un effet délétère à long terme de ceux-ci.

Ces 2 études, très inégales sur le plan méthodologique, donnent donc des résultats différents selon le type d’utilisation des PRP. Le problème principal de ces 2 études, comme celui de la plupart des travaux effectués sur le sujet, est le problème de la composition et de la concentration des solutions obtenues en plaquettes, leucocytes et facteurs de croissance, qui ne sont pas standardisées et pas connue pour chaque solution obtenue.

De plus, la question de l’innocuité des préparations à long terme n’est pas connue (quid de l’effet de la concentration très importante de facteurs de croissance en un point précis de l’organisme ?).

La preuve de l’efficacité et de l’innocuité des PRP sur les pathologies tendineuses (et plus encore sur les pathologies musculaires) nécessite donc de mener de plus amples investigations, avec des méthodologies rigoureuses, et dans l’idéal en standardisant les solutions injectées.

Aurélien GAUTHIER (masseur-kinésithérapeute ESTAC en charge du groupe professionnel)



(1)  A randomized controlled trial. Am J Sports Med 2011

(2)  Ongoing positive effect of platelet-rich plasma versus corticoid injection in lateral epicondylis. Am J Sports Med 2011