Les deux types de strapping préventifs de la cheville au basket-ball

A propos

Le basket est un sport universel. Il sollicite le corps sur différentes actions telles que des appuis, des sauts ou de la vitesse. Pour être performant dans cette discipline, il faut avoir une excellente intégrité de toutes ses articulations. Lorsque l'on regarde les joueurs professionnels, nous pouvons constater que la plupart d'entre eux sont maintenus au niveau de la cheville, à l'aide d'une attelle ou d'un strapping, dans un but préventif.

En effet, l'entorse de la cheville est la traumatologie la plus rencontrée dans le basket-ball. Elle est due la plupart du temps à une inversion exagérée.

Dans certains contrats de joueurs, une close stipule même qu'ils sont obligés de jouer protégés. Les plus grands clubs de basket-ball proposant à leurs joueurs de se faire strapper, les kinésithérapeutes de clubs professionnels se retrouvent donc à strapper des joueurs de toutes nationalités et sont obligés de connaître et d'utiliser toutes sortes de techniques différentes pour s’adapter à leurs besoins. En effet, les strappings (contentions) diffèrent selon qu’ils sont faits aux Etats-Unis ou en France. Ainsi, les joueurs qui transitent par la NBA puis qui viennent effectuer une saison en France ou jouer avec l'Equipe de France, doivent s'habituer rapidement au changement. Cela peut augmenter de façon considérable le risque de blessures.

Le rôle du strapping préventif

La pose d'un strapping préventif sert à protéger les mouvements dangereux ou douloureux sans pour autant empêcher le geste sportif. Ce type de strapp a un impact mécanique, proprioceptif mais, à n'en pas douter, également psychologique.

Pour aller plus loin, nous allons donc comparer deux protocoles de strapping couramment utilisés par les kinésithérapeutes d'un club professionnel de basket-ball.                

Dans un premier temps, nous examinerons ces 2 protocoles de strapping. D’une part, le protocole « mixte » basé sur une association de bandes élastiques et non élastiques et d’autre part le protocole « dur » réalisé uniquement avec des bandes non élastiques.

Nous poursuivrons en présentant les résultats et les statistiques issus d’un questionnaire distribué à un échantillon de basketteurs ayant testé les deux strappings. Et enfin, nous terminerons par une analyse sur la comparaison des 2 strappings.


30 sujets :

- 15 hommes, âgés de 18 à 30 ans, jouant au basket-ball depuis plus de 6 ans. Sans antécédents traumatiques majeurs ni lésions cliniquement décelables de laxité chronique de cheville et étant habitués au strapping de cheville.

- 10 hommes, âgés de 14 à 18 ans, jouant au basket-ball depuis plus de 6 ans. Sans antécédents traumatiques majeurs ni lésions cliniquement décelables de laxité chronique de cheville et n'étant pas habitués au strapping de cheville.

- 5 femmes, âgées de 18 à 25 ans, jouant au basket-ball depuis plus de 6 ans. Sans antécédents traumatiques majeurs ni lésions cliniquement décelables de laxité chronique de cheville et n'étant pas habituées au strapping de cheville.

La différence entre ces populations est importante et significative car la première et la troisième ont déjà un référentiel somato-sensoriel qui leur permet d'effectuer une comparaison. Alors que la deuxième est complètement novice et n'a pas de point de comparaison.

Protocole du Strapping mixte

Matériel utilisé :

Bande adhésive élastique 8cm

Rigid strapp 3,75 cm

-       Commencer le strapping par un passage en guise d'embase crânial au 1/3 distal de la jambe.

-       Réaliser un grand huit. Départ face antéro-latérale au 1/3 inférieur de la jambe. Passer juste au dessus de la      malléole médiale. Puis crocheter le talon en externe. Traverser la plante du pied et remonter juste au niveau du coup de pied et parallèlement à la bande de départ. Le but est d'empêcher le varus de l'arrière pied.

-       Enchaîner par un deuxième grand huit mais dans le sens inverse. Le but est d'empêcher le valgus de l'arrière pied.

-       Refaire la même chose. Ce qui nous donne 4 grands huit.

-       Terminer par un semi passage en antérieur sur l'embase crâniale et couper la bande.

-       Faire le premier étrier au niveau des deux malléoles. On part du latéral vers le médial. Le but est d'impacter l'arrière pied dans la mortaise tibio-fibulaire.

-       Confectionner un huit. Départ face antéro-latérale au niveau du coup de pied. Terminaison face médiale du coup de pied. Le but est de limiter la pronation.

-       Faire la même chose dans le sens inverse. Donc départ face antéro-médiale. Le but est de limiter la supination.

-       Faire le deuxième étrier qui chevauche de moitié le premier en arrière. Le but est d'impacter l'arrière pied dans la mortaise tibio-fibulaire.

-       Terminer en fermant au niveau de l’embase initiale, par un double tour en crânial. Et un tour unique en caudal juste en arrière de la styloïde du 5ème métatarsien.

Protocole de Strapping dur

Matériel utilisé :

Rigid strapp 3,75 cm.

-       Au 1/3 inférieur de la jambe placer l’embase crâniale circulaire non tendue. Elle est formée de deux bandes, qui se superposent de moitié. Faire l'embase caudale circulaire non tendue juste au dessus de la styloïde du 5ème métatarsien.

-       Placer une première bande horizontale en fer à cheval qui entoure le calcanéum. Le but est de maintenir le calcanéum.

-       Faire le premier étrier au niveau des deux malléoles. On part du médial vers le latéral. Le but est d'impacter l'arrière pied dans la mortaise tibio-fibulaire.

-       Placer une deuxième bande horizontale en fer à cheval de la malléole interne à la malléole externe. Le but est de resserrer les malléoles.

-       Faire le deuxième étrier qui chevauche de moitié le premier en avant. Le but est d'impacter l'arrière pied dans la mortaise tibio-fibulaire.

-       Placer une troisième bande horizontale en fer à cheval qui est 1 cm au dessus de la deuxième bande. Le but est de resserrer le tibia et la fibula.

-       Faire le troisième étrier qui chevauche de moitié le premier en arrière. Le but est d'impacter l'arrière pied dans la mortaise tibio-fibulaire.

-       Placer une dernière bande horizontale en fer à cheval qui chevauche de moitié au dessus la troisième. Le but est de resserrer le tibia et la fibula.

-       Réaliser un grand huit. Départ face antéro-latérale au 1/3 inférieur de la jambe. Passer juste au dessus de  la malléole médiale. Puis crocheter le talon en externe. Traverser la plante du pied et remonter sous et parallèlement à la bande de départ. Terminer par un tour pour fermer devant. Le but est d'empêcher le varus de l'arrière pied.   

-       Faire la même chose dans le sens inverse. Donc départ face antéro-médiale. Le but est d'empêcher le valgus de l'arrière pied.

-       Confectionner un petit huit. Départ face antéro-latérale  au niveau du coup de pied. Terminaison face médiale du coup de pied. Le but est de limiter la pronation. Faire la même chose dans le sens inverse. Donc départ face antéro-médiale. Le but est de limiter la supination.

-       Terminer en fermant au niveau des embases initiales, par un double tour en crânial et un tour unique en caudal.

L’étude porte sur un échantillon de 30 basketteurs. Afin qu’elle soit reproductible et fiable, nous leur avons proposé un questionnaire et une séance d'entraînement qu’ils ont effectués à une semaine d’intervalle, avec un protocole de strapping différent.

Ce questionnaire doit servir à pouvoir faire la différence entre les deux strappings préventifs de la cheville. La seule comparaison directe que l'on peut proposer au joueur est basée sur ses sensations.

L’athlète répond aux questions après la mise en place de la contention, au milieu et à la fin de la séance d'entraînement.

Le questionnaire est composé de 6 parties : une première qui présente le joueur, les quatre suivantes portent sur l’évaluation du strapping en matière de confort, maintien, mobilité et sensibilité. La dernière partie comporte des questions ouvertes qui permettent au joueur d’apporter des éléments complémentaires.

Pour l’évaluation du strapping, le joueur répond, pour chaque item, tout d’abord à des questions binaires puis précise son ressenti en attribuant une note de 0 à 10.

Nous créons ensuite une séance d’entrainement qui ressemble le plus possible aux contraintes subies lors d'un match. Pour cela nous nous basons sur le mémoire de Guillaume Travaillant. Ainsi, un joueur de basket, lors d'un match, fait 36 minutes d'effort. Ces 36 minutes sont composées d’environ 55 accélérations explosives, 74 blocages d'appuis, 56 sprints, 124 appuis spécifiques (appuis spécifiques =  appuis différents de la marche ou de la course arrière ou avant.), 33 sauts, 15 contrôles de l'adversaire. Pour être le plus reproductible et le plus proche des efforts de match, il faut que le joueur marche 10 minutes, qu'il ait 4 minutes de course lente, 3 minutes de course moyenne .

Les joueurs remplissent le questionnaire une première fois après la pose du strapping. Ils marchent 6 minutes avant la première séquence. Ensuite, ils répètent le parcours pendant 10 minutes. A la fin de cette séquence, ils viennent remplir le questionnaire pour la deuxième fois. Après les deux dernières séquences, les athlètes viennent terminer le questionnaire

Résultats positifs des questions binaires

·Le confort

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D'après ce graphique, le confort du strapping mixte obtient plus de 85% de réponses positives en début de séance, puis passe à 53% en milieu de séance et finit à plus de 75% (contre respectivement 40%, 30% et 37% pour le strapping dur)

·Le maintien

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Grâce à ce graphique on peut observer que le strapping dur obtient 97% de réponses positives au départ, puis 93% au milieu et à la fin de la séance 97%. Le strapping mixte quand à lui obtient 100% de réponse positives au début, puis 90% au milieu et à la fin. 

·Le mouvement

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Le graphique ci-dessus, nous montre que le strapping mixte limite l'inversion pour 43% de la population au départ, puis 40% et enfin 43% à la fin de l'entraînement. Le strapping dur limite le mouvement pour 33% de l'échantillon au début, puis 50% et à la fin 63%.

·La sécurité

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Le graphique démontre que 90% de la population trouve que le strapping dur procure une sensation de sécurité au départ de la séance, puis 83% en milieu de séance,  et enfin 80%. La sensation de sécurité est éprouvée par 93% des joueurs, puis 90% et 86% à la fin, pour le strapping mixte.


Conclusion

Nous pouvons donc constater que le strapping mixte est plus confortable, il donne une meilleure sensation de maintien, limite mieux le mouvement lésionnel dans le temps et procure une sensation de sécurité plus importante.

Le strapping dur, quant à lui, limite mieux l’inversion au début de la séance, maintient mieux en milieu de séance et provoque une sensation de sécurité identique

La sensation de sécurité décroît avec le temps, que ce soit avec l'un ou l'autre des strappings.

Ainsi, sur compte tenu de la durée d’un match de basket, le strapping mixte semble être la solution la plus pertinente.

Emilien Vincent-viry MKDE SLUC NANCY BASKET

Pierre Vespignani MKDE SLUC NANCY BASKET ET ASNL