LES RÈGLES D'UNE CONTENTION ADAPTÉE ET RÉUSSIE

Arnaud Bruchard vous initie aux règles d’une contention adaptée et vous alerte sur les écueils à éviter.

1. Les idées reçues

Idée N°1 : Plus j‘applique un nombre important de bandes, plus ma contention sera solide

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Le nombre de bandes n’est pas corrélé à la réussite du montage. Il a été évoqué dans un ouvrage traitant du sujet, la relation liant la loi de Laplace, le nombre d’attelles et la solidité du montage. Cette donnée est erronée, cette loi n’étant pas une donnée mécanique mais gazeuse ou thermodynamique. La grosseur provoquée par le nombre de bandes peut même devenir gênante pour l’activité et le confort. Par contre la direction et la tension des bandes sont, elles, les garantes de la solidité du montage. La direction doit être à la fois longitudinale et oblique à la contrainte. Par exemple, une contention adhésive de cheville dans un objectif de prévention peut être réalisée avec cinq tensions précises avec une bande élastique et trois morceaux de rigid strap.

Idée N°2 : Plus j’applique un nombre important de bandes, plus la contention pourra être portée longtemps

La durée dépend bien sûr de la sommation des contraintes exercées sur la contention en intensité et en temps. Moins il y aura de stimulation, plus le montage pourra être laissé longtemps. Plus il y a de contraintes appliquées, plus la qualité du montage va se détériorer et nécessitera soit le remplacement soit le renforcement de la contention (exemple mi-temps d’un match de football). En dehors de l’activité et selon la nature du montage, il pourra être gardé entre 1 (suppléance) et 5 jours (contention rigide). En conclusion, il est indispensable de choisir soit la nature des matériaux, soit la fréquence des changements.

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Idée N°3 : Plus je mets des grands bras de leviers, plus mon montage sera solide.

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Pour répondre à cette idée reçue, il faut retourner dans ses cours de physique. Le bras de levier est la distance séparant une extrémité du levier de son point d’appui. Usuellement on parle plutôt de levier pour parler de mouvement et non de fixation. Le rapport des forces en réalité est inversement proportionnel au rapport des bras de levier. Dans le cadre de la modélisation cinématique des mécanismes, on traite  d’accélération, de transmission d’énergie et non de force. De plus, ces notions font intervenir trois facteurs : le point d'appui, les forces en entrée et les forces en sortie qui ne sont pas représentées dans le cadre de la contention adhésive. Le terme est donc erroné dans notre sujet. A l’inverse, le rapport des bras de levier est inversé par rapport à la relation sur les vitesses (notion qui nous intéresse plus dans notre cadre que dans celui de la force). Ainsi, plus vous devez générer de la vitesse ou répondre à une contrainte de vitesse, plus les bras de leviers doivent être courts et rapprochés du point d’appui. Il est donc préférable de réaliser des montages courts, avec des tensions fortes et adaptées et une type de matériel choisi en fonction des besoins et contraintes.

Idée N°4 : Les embases doivent impérativement être non fermées et appliquées avec des bandes élastiques

Traditionnellement il est préférable de ne pas prendre de risque de compression sous réserve d’obtenir un effet garrot. En théorie, la réponse est donc en faveur de cette idée reçue. Néanmoins, avec l’expérience, une bande rigide bien posée peut ne pas engendrer de troubles circulatoires que l’ancrage soit fermé ou non, dès lors que la tension avec laquelle elle est collée est adaptée. De toute évidence, il faudra s’assurer en amont de l’état trophique du segment à bander.

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Idée N°5 : Il faut casser les bandes élastiques

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NON. Casser l’élasticité d’une bande revient à la rendre peu rigide. Si le but est d’obtenir une bande peu élastique, autant utiliser une bande rigide qui présente ces caractéristiques.

Idée N°6 : L’application de mousse adhérente sur la peau au préalable diminue l’action de la contention

En effet, l’adhésivité de la bande est un élément important. Si la bande adhère à une mousse qui elle-même adhère à la peau, cela rajoute en toute logique une interface supplémentaire d’autant plus que la teneur en oxyde de zinc (présent majoritairement dans les bandes rigides) est moindre (Beringer 2008). Ainsi, plus la bande est élastique, plus il faudra être vigilant sur les conditions permettant la meilleure adhésion possible. Le milieu  humide  (eau, pluie, transpiration) majore encore plus cette contrainte modifiant l’adhésivité de certaines bandes. Cependant, quelquefois, la réaction de la peau ou la présence de pilosité qui ne peut être rasée sur l’instant, impose l’application de cette bande mousse. Le conseil dans ce cas est d’utiliser un spray en colle ou une teinture spécifique.

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Idée N°7 : Il ne faut pas raser la peau au risque de nuire à l’aspect extéroceptif

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NON. L’aspect extéroceptif n’est pas traité en priorité par les récepteurs contenus à la base du poil. Il est vain de croire que la traction sur le poil va renforcer l’information d’origine cutanée lorsque le mouvement lésionnel apparaît et de fait, la contraction par voie reflexe des muscles protecteurs. Privilégier la qualité d’adhérence est plus important que l’aspect extéroceptif qui lui-même n’est pas prépondérant dans la protection   articulo-tendino-musculaire.


2. La marche à suivre pour effectuer une contention efficace

Pour sa réussite, le raisonnement de la contention souple doit suivre une logique dans laquelle un ensemble de process est mis en place afin d’éviter tout écueil et gagner à la fois en rapidité et en efficacité thérapeutique et/ou préventive.

 

ETUDE PREALABLE :

Il s’agit ici de l’exécution prospective du QUICK SKAN et des tests d’exclusion initiaux en vue d’établir par l’intermédiaire d’une analyse qualitative l’identification de la lésion et de sa gravité.

MODALITES DES CONTENTIONS ADHESIVES (CA) = cahier des charges

Ce sont les raisonnements qui précèdent la réalisation de la CA. C’est en quelque sorte le cahier des charges qui permet de définir simplement les     « spécifications de base » de la CA à réaliser. Cette argumentation repose sur quatre éléments clés :

-    L’étude de l’existant (la pathologie et son environnement (QUICK SKAN))

-    L’analyse des besoins (définition des objectifs)

-    La description de la solution : quelle CA réaliser ?

-    La définition de la procédure : comment réaliser la CA.

Ce cahier des charges sert donc à formaliser les besoins et à cadrer les exigences de la CA au regard de la pathologie. Il permet de sélectionner le type de matériau adapté, la position segmentaire, énumérer les contraintes auxquelles il est nécessaire de s'ajuster… L’erreur la plus courante est  de  confondre préférences et contraintes. De fait, il est indispensable de définir au préalable chaque niveau de détails.

« Ne choisissez pas la technique que vous préférez mais préférez la technique que vous choisissez »

-    Est ce qu’une contention va servir dans le cadre de cette pathologie ?

-    Si oui, quel type de montage et quel matériau utiliser ?

-    Le segment est il préparé (rasage, lavage, spray adhésif…) ?

-    Quelle amplitude dois-je limiter ? Quel mouvement ne doit pas être empêché ?

-    Quelle position segmentaire lors de la contention ?

-    La zone à traiter contient-elle des zones fragiles nécessitant des précautions (nerf, artères, veines…) ou l’application d’une contention va t’elle provoquer de potentielles lésions péri-jacentes (orteils, doigts…) ?

REALISATION DE LA CA

Résultant des premières étapes, elle ne peut être le fruit d’une répétition d’un schéma standard trouvé dans un livre ou lors d’un cours de formation. Elle est organisée, à l’inverse, selon un raisonnement basé sur des références établies lors des QUICK SKAN et de la combinaison du cahier des charges. Plus la pratique sera fréquente plus le temps de réalisation sera court et la qualité de l’application de la CA grande. Lors de cette action, il faut toujours veiller à placer les bandes à proximité des axes articulaires afin de cibler l’action de la CA précisément, mais aussi pour limiter les plis et les enroulements des bords de bandes. En effet, ces contraintes sont souvent inhérentes à l’addition d’une composante en torsion sur la bande avec des trop  grands bras de levier. Par ailleurs, il faut réaliser la CA avec ses deux mains et un minimum de distance entre elles. Cette argumentation, pourtant évidente, permet , d’une part de placer le segment bandé dans des positions différentes selon l’action de la bande, et d’autre part, d’utiliser une longueur de bande permettant l’application avec le minimum d’entrave. Pratiquer avec une étendue excessive oblige une gestuelle ample et imprécise.

Les questions à se poser pendant la réalisation de la CA :

-    La tension/compression appliquée est elle adaptée ? N’empêche-t-elle pas la circulation ? Ai-je suffisamment protégé les zones à relief ? Aucune douleur ?

-    La bande adhère-t-elle suffisamment ?

-    La structure blessée supporte-t-elle la technique choisie ?

-    La longueur et la disposition des segments de bandes et des ancrages sont-elles adaptées ?

MONITORING / TESTS.

Une fois la CA appliquée, une série de tests rapides et précis permet de vérifier si elle répond à l’objectif fixé dans le cadre du cahier des charges : le respect du confort de la personne traitée et l’efficacité de la CA. Ainsi, on procédera à la réalisation de tests cliniques spécifiques et de tests actifs et fonctionnels respectivement par le praticien et le patient.

Lors de la pose d’une CA pour une compétition sportive, il est indispensable de l’avoir testée au préalable sur des séances spécifiques ou à l’entraînement.

Si la CA ne répond pas aux attentes, il est possible de rajouter quelques morceaux de bandes afin de façonner le montage voire même le refaire complètement.

Exemples :

-   Tests fonctionnels d’une contention adhésive réalisée pour des douleurs méniscales externes (pas chassés avec stop en demi flexion sur pointe de pied).

-   Tests cliniques du coup de kick après entorse de cheville.

RETIRER LA CA :

Selon la durée du port de la CA et la présence de mousse ou de colle, elle sera plus ou moins dure à retirer. Il existe sur le marché des ustensiles conçus à cet effet : cutter, ciseaux à bout rond et produits déhésifs. Penser que cet acte est anodin et sans danger est faux. Des dommages dermiques peuvent être causés tout comme des coupures dans le cadre d’une mauvaise utilisation de matériel.

Après avoir enlevé la CA, il faut inspecter la peau en recherche d’irritations, de rougeurs mais aussi pour inspecter l’état trophique (allure et couleur du segment, l’œdème)

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« Attention, veuillez noter que les conseils donnés ci-dessus ne se substituent aucunement à un avis médical. Lisez attentivement les instructions d'utilisation figurant sur les produits. Important : en cas de doute sur le traitement à suivre, consultez un professionnel de santé (médecin, pharmacien). »