Un exemple de protocole, de réhabilitation suite à lésion et/ou chirurgie du genou, basé sur des critères non temporels

De plus en plus de structures et de praticiens ne se reposent plus (tout ou partie) sur des critères de temps à partir du jour de la lésion ou de l’intervention. Le schéma classique J0, J+10,J+21, J+60, etc… se trouve délaissé au profit d’une évolution plus objective basée sur des tests et la capacité à produire certaines activités (fonctionnel).

L’intérêt principal mis en avant par les utilisateurs de ce suivi, est une plus grande adaptation à l’individu et donc l’optimisation (notamment en termes de délai de reprise) de la rééducation/réhabilitation.

La principale critique que l’on peut avancer est la perte de vue des délais de cicatrisation. Effectivement, même si, à la marge, d’un individu à l’autre, il peut y avoir des variations, on ne peut évacuer –par exemple- la phase de fragilité du greffon dans la reconstruction du LCA.

Toutefois, si en bout de rééducation/réhabilitation, il est possible de gagner 3 semaines par rapport à un guidage temporel classique, alors cela sera éminemment bien accueilli (par un patient sportif aussi bien sûr) par une structure professionnelle dont le coût journalier d’absence du joueur est conséquent et au regard des échéances sportives éventuellement atteignables.

Alors pour se démarquer des deux attitudes, opposées mais fâcheuses les deux, du kinésithérapeute dans la gestion des délais de reprise, ce protocole sera d’une aide précieuse tout au moins pour renforcer l’aspect temporel classique.

Deux attitudes car on trouve régulièrement le kinésithérapeute « conservateur » qui pour se protéger et éviter pleinement la récidive, va allonger les délais de reprise au-delà du raisonnable voire même en dehors de toute logique. Mais ce praticien  même si il n’apparaitra pas comme « inefficace » à court terme sera coûteux en revanche sur le long terme. Le kinésithérapeute « agressif » lui se verra couvert de louanges pour ramener son sportif sur des délais réduits mais sera au-delà des limites du ratio risque/intérêt et donc potentiellement dommageable sur le court terme (récidive) mais aussi long terme en mettant en péril une cicatrisation de qualité.

L’optimisation de la période de réhabilitation passera donc par la volonté de respecter les principes de base mais pour autant de ne pas perdre de temps si les critères d’évaluation de passage d’une phase à l’autre sont acquis.

Ci-dessous, le protocole des équipes nationales espagnoles de rugby. Le médecin responsable de la structure, le DR Olmo J., annonce se rapprocher de ce qui se pratique dans le football en Espagne et en Italie.

Parmi les critiques qui peuvent être évoquées, on peut mettre en avance la relative prudence de la mise en place du travail excentrique des IJ (on imagine plus encore sur greffon IJ) puisqu’il n’est évoqué qu’en 3ème phase (ce qui correspondrait à J+45 sur un découpage temporel classique). Ce que l’on peut considérer comme conservateur si on accepte l’idée que cette forme de travail peut être plus précoce à condition d’être pleinement pondéré bien évidemment.

Autre point, l’absence d’évaluation du membre controlatéral. Or, il est avancé comme essentiel de ne pas considérer l’autre genou comme « l’oublié de l’histoire » au regard de la prévalence des atteintes du côté opposé supérieures aux récidives.

En revanche, il est évoqué ce que l’on nomme comme les OFR (On the Field Rehabilitation ou Réhabiliation sur le terrain, c’est-à-dire si ce n’est dans les conditions mêmes de l’activité au moins au plus proches) comme critères de passage de la phase 4 à 5 et de la 5 à la reprise complète. Et il a été montré l’importance et l’efficacité de ces OFR dans la prise en charge d’une rééducation/réhabilitation.

Ce protocole pourra donc vous servir d’élément supplémentaire et « novateur » (car en fait, c’est avant tout du pragmatisme normé) dans la gestion plus classique et temporelle de l’évolution de la prise en charge d’une chirurgie du LCA.

Plan de réhabilitation - Lignes directrices après lésion/chirurgie du genou - Spain Rugby Union

Erwan TANGUY, Kinésithérapeute et formateur KINÉSPORT